Actualités - La cheminée de Cuivre&Zinc à Chênée

Mis à jour le 1 mars 2014
ACTE 3 - Mise à jour de mars 2014 - Chênée : la cheminée de Cuivre&Zinc a mordu la poussière

Lettre ouverte de Patrimoine industriel Wallonie-Bruxelles à Monsieur le Ministre de la Région wallonne en charge du Patrimoine Carlo Di Antonio.

Monsieur le Ministre,

Quelle ne fut pas notre déception d’apprendre par un de nos membres que la cheminée de l’ancienne Usine Cuivre & Zinc de Chênée avait été démolie dans la plus grande confidentialité ce mercredi 5 février, sur base d’un arrêté pris par vos soins en date du 4 décembre 2013 et publié au Moniteur belge du 16 janvier 2014.

N’ayant pas l’expertise nécessaire pour juger, nous ne souhaitons pas mettre en cause, malgré les questions qu’elles soulèvent, les raisons techniques et financières qui ont poussé à modifier l’arrêté d’inscription de ce bien sur la liste de sauvegarde que vous aviez pris en date du 26 juillet 2013, mais nous tenons par contre à réagir et à vous exprimer notre profond désaccord sur l’absence totale de débat et même simplement d’information à ce sujet, alors que notre asbl avait été à la base de ce classement, et sur les motivations reprises dans cet arrêté concernant l’intérêt de ce bien.

Dire que la cheminée ne rencontre pas le critère d’intégrité dès lors qu’elle est séparée de son usine, revient à dire qu’il faut conserver un patrimoine dans son ensemble. C’est évidemment une vision que nous ne pouvons qu’approuver et c’est ce que nous souhaiterions que votre Administration puisse faire dans tant de cas. Cela suppose toutefois d’avoir une vision préalable de ce qu’on veut conserver, vision qui fait cruellement défaut en ce qui concerne ce type de patrimoine. Nous avons été amenés à travailler ici dans l’urgence, comme trop souvent, et conserver un témoin significatif aurait mieux valu, fut-il sorti de son contexte, que de ne rien faire du tout.

Cette cheminée ne figurait certes pas dans l’inventaire thématique des sites et bâtiments industriels anciens de Wallonie, publié en 1995, mais d’autres bâtiments du site de Cuivre & Zinc de Chênée y figuraient, et ils ont disparu, comme tant autres biens repris dans cet inventaire. Qu’allait-il rester de ce pan d’industrie que constitue la métallurgie des non-ferreux, qui a été essentielle dans notre histoire industrielle et dans le rayonnement mondial qu’a eu la Wallonie en la matière ? Quel élément de paysage allait interpeler les générations futures, susciter leur intérêt et leur questionnement sur cette activité qui constitue leur héritage historique, et leur permettre d’appréhender le monde dans lequel ils sont nés ? Et de quel respect allait-on enfin témoigner envers les travailleurs et les industriels qui ont constitué cet héritage, pour certains au détriment de leur santé ? Une simple cheminée, même sortie de son contexte, permettait, très imparfaitement certes, mais de façon concrète, de répondre à cela.

En lieu et place, il ne reste aujourd’hui plus rien, le vide, le néant, définitivement.

Que va-t-il un jour rester également comme témoin de ce type de cheminées, sur lesquelles il y a aussi tant à dire et à apprendre ? Vous indiquez qu’il existe encore d’autres cheminées de même typologie « dont l’état de conservation est équivalent, sinon meilleur, et qui ont l’avantage d’être encore intégrées dans leur contexte de bâti industriel ». Notre connaissance de terrain nous faire dire qu’il n’y en a plus beaucoup, et qu’il est urgent de s’y intéresser. Nous aimerions d’ailleurs savoir à quelles cheminées votre Administration fait référence et surtout lesquelles sont susceptibles de bénéficier d’une protection dans le futur.

Vous mentionnez enfin que l’inventaire n’a non seulement pas retenu cette cheminée (notre asbl a attiré l’attention de vos services à l’époque de la parution de cet ouvrage sur les nombreuses lacunes que comportaient cet inventaire, dans lequel ne figurait même pas le Puits N°1 et le triage-lavoir de Blegny-Mine, ou les stations de pompage et d’autres ouvrages hydrauliques le long de la Meuse par exemple) mais également qu’il conclut à un intérêt architectural et historique moyen pour ce site. C’était peut-être vrai en 1995, compte tenu de ce qui existait encore sur le thème, et si on ignore délibérément la dimension sociale du lieu, mais peut-on s’appuyer sur un état des lieux de 1995 pour mener une politique patrimoniale aujourd’hui ?

Notre asbl est particulièrement soucieuse de voir se mettre en place une réflexion en profondeur débouchant sur une politique concrète, globale, au sujet du patrimoine industriel du 20ème siècle. Et elle se demande par ailleurs pourquoi la SPAQUE, qui est en première ligne en matière d’étude de réhabilitation des sites, n’a pas dans ses missions une réflexion patrimoniale préalable à leur assainissement, à laquelle pourraient être associées les autorités politiques, administrations, associations et personnes concernées. Cela éviterait de travailler dans l’urgence et dans l’opposition permanente, et cela permettrait de valoriser des travaux historiques qui sont de toute façon menés par cette société, qui dispose des compétences nécessaires pour le faire.

Si au moins la chute de cette cheminée pouvait déboucher sur une avancée significative en la matière, peut-être les anciens travailleurs de l’usine Cuivre & Zinc de Chênée et leurs familles parviendraient-ils à se dire qu’elle n’aura pas été démolie pour rien ? Et peut-être le pénible sentiment qui nous habite de représenter le pot de terre face à un énorme pot de fer lorsque la SPAQUE entre en lice nous quittera-t-il également ?

C’est vous qui détenez une partie des clefs de la solution au problème, Monsieur le Ministre. Respectueusement, mais avec l’énergie qui anime notre association citoyenne, nous vous prions instamment de les utiliser rapidement à bon escient.

 

En ligne :

- Réponse Du Ministre Di Antonio

- Arrêté ministériel du 4 décembre 2013 rayant la cheminée de Chênée de la liste de sauvegarde

- Vidéo : chute de la cheminée de Chênée  - http://www.youtube.com/watch?v=YXuOthMzKk0&feature=youtu.be


ACTE 2 - Mise à jour d'avril 2013

Interpellé par un comité de quartier désireux de préserver un témoin remarquable du passé industriel 
de sa région, Patrimoine Industriel Wallonie­-Bruxelles a introduit un dossier de demande de conservation de la cheminée en briques implantée sur le site de l’usine Cuivre&Zinc de Chênée (Liège). PIWB fait appel aux autorités compétentes locales et  en matière de patrimoine pour l’ouverture urgente d’un dossier d’expertise afin d’évaluer les qualités patrimoniales de cette cheminée ainsi que les modalités pratiques  de sa conservation et revalorisation dans le cadre global de la réhabilitation du site industriel. 

Le dossier patrimonial de PIWB


ACTE 1 - Publié en février 2013
Pourquoi détruire la cheminée de Cuivre&Zinc à Chênée ?

 

Merci de soutenir l’initiative des habitants du quartier de L’Honneux à Chênée en signant la pétition en ligne

 https://www.lapetition.be/list_signs.php?petid=12482&page=1

 

Avec son ventre rond, elle est unique en Wallonie. Au milieu du chantier de démolition de l’ancienne société Cuivre&Zinc, elle serait presque provocatrice si ses jours n’étaient comptés. Cette belle cheminée en briques et à réservoir d’eau central est un vestige rare si l’on s’en réfère au nombre de cheminées d’usine encore debout. Elle est surtout le dernier élément bâti d’une société, créée en 1882 à Chênée, et qui fut l’un des fleurons de l’industrie métallurgique liégeoise jusqu’à la fin du XXème siècle. Spécialisée dans la transformation de métaux non ferreux, l’usine Cuivre&Zinc s’est illustrée, dans ses dernières années, par la production des pièces de monnaie en euro et surtout par un conflit social d’une extrême fermeté qui a conduit au licenciement d’environ 800 ouvriers. Un événement qui a marqué la mémoire collective locale.

Interpellée par un comité de quartier désireux de préserver un témoin remarquable du passé industriel de sa région, Patrimoine Industriel Wallonie-Bruxelles demande aux responsables de la Spaque en charge du chantier en cours, aux autorités politiques locales compétentes et au Ministre du Patrimoine, l’ouverture urgente d’un dossier d’expertise afin d’évaluer les qualités patrimoniales de cette cheminée ainsi que les modalités pratiques de sa conservation et revalorisation dans le cadre global de la réhabilitation du site industriel de Cuivre&Zinc.